Bertrand Piccard : “Il y a 1000 solutions pour le climat !”

Bertrand Piccard : "Il y a 1000 solutions pour le climat !"

En effet, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai entrepris de rédiger la mise à jour pour ce samedi 12 décembre, cinquième anniversaire de l’accord de Paris. Tant d’enthousiasme que j’ai écrit beaucoup plus que nécessaire ! Voici mon texte complet. Je suis intéressé par toutes vos réactions, écrivez à [email protected], qui me le fera suivre.

Tout d’abord, je tiens à dire que plutôt que de vous rappeler l’urgence environnementale, je m’intéresse aux solutions, car elles sont nombreuses, vous verrez !

Sur mon radar

Sur mon radar

La saine frustration de la COP21. En 2015, au milieu du tour du monde de Solar Impulse, j’ai participé comme invité de François Hollande à ces 10 jours de discussions à Paris dont le monde attendait tant. J’ai vu comment chaque détail sémantique, chaque virgule, fut âprement négocié. Comment les rapports de force se jouaient autour d’un accord surprenant entre Obama et Xi Jinping pour devenir les leaders climatiques. Et l’explosion de joie finale lorsque les 195 chefs d’Etats et de gouvernements se sont engagés à contenir l’augmentation de la température atmosphérique «bien en dessous de 2°C, si possible 1,5».

Tous les pays acceptaient d’amener dans les cinq ans une liste d’engagements appelés «Contributions Déterminées au niveau National», exprimant les efforts maximaux auxquels ils consentaient. Pour garantir le soutien des pays en développement, qui accusaient les nations riches d’être l’unique source du problème, un Fonds de 100 milliards de dollars par an devait être mis à leur disposition pour les aider à s’adapter aux conséquences des changements climatiques.

On voit déjà que plus personne n’était dans la prévention du problème, comme si le combat était déjà perdu, mais seulement dans la tentative d’en réduire les effets. L’objectif d’une neutralité carbone en 2050 et l’absence de buts intermédiaires contraignants montraient aussi la volonté cachée de refiler la patate chaude aux successeurs plutôt que d’agir tout de suite.

Pourquoi est-ce si compliqué? Au-delà des changements nécessaires à grande échelle, de quoi parlait-on? Comment sont perçus les changements climatiques? Comme un problème…

lointain dans le temps et qui concerne les générations futures,

difficilement palpable aujourd’hui par le public,

pour lequel il faudrait sacrifier ce à quoi on tient le plus dans nos habitudes de vie.

Pas facile de faire passer une telle pilule. Ne serait-il pas plus tangible de parler de pollution de l’air qui tue 8 millions de personnes par an, sans compter tous ceux qui souffrent de maladies cardio-respiratoires chroniques et qui pourraient être un proche? De parler d’épuisement des ressources naturelles, de tonnes de déchets abandonnés dans la nature, et des risques financiers que cela représente?

Bertrand Piccard, sa femme Michelle, André Borschberg et l’équipe de Solar Impulse prennent la pause avec François Hollande sur le perron de l’Elysée en avril 2017. (AP Photo/Christophe Ena)

Mais le mérite des changements climatiques a quand même été de réunir la planète à Paris. Dans ce contexte, François Hollande m’avait demandé de lui préparer une manière différente de présenter la situation. A contre-courant, j’avais donc relevé l’opportunité lucrative de relancer l’économie par la modernisation des infrastructures, pour viser l’efficience des ressources plutôt que les sacrifices à exiger. Un manifeste en 7 points qui fut le fil conducteur de ma participation à ce sommet:

Comment peut-on mobiliser les gens contre les changements climatiques si l’on continue à mettre l’accent sur l’ampleur du problème? Les discours alarmistes actuels nous font croire la situation sans issue. La mobilisation ne sera possible qu’à condition de mettre en avant les avantages tangibles qu’apportent les solutions propres existantes: nous pourrions aujourd’hui déjà diviser par deux les émissions de CO2 en remplaçant les vieux systèmes polluants par des technologies modernes et économes en énergie dans les domaines de l’industrie, de la construction, du chauffage, de la climatisation, de l’éclairage et de la mobilité.

Demander des sacrifices sans aucun bénéfice immédiat en retour ne fait que susciter des résistances. Qui renoncerait à sa voiture en raison de la montée du niveau des océans dans 30 ans? Démontrons au contraire que chacun peut maintenir, voire améliorer son niveau de vie grâce à des technologies propres, peu coûteuses et accessibles, tout en réduisant l’impact de son mode de vie sur l’environnement.

La protection de l’environnement ne doit pas être perçue comme coûteuse. En raison des besoins en produits et procédés plus respectueux de l’environnement, la lutte contre le changement climatique permet d’ouvrir de nouveaux marchés industriels, favorisant la croissance économique, les créations d’emplois et la réalisation de profits.

Si la lutte contre le changement climatique est présentée comme un sacrifice financier pour les pays riches et une menace pour la croissance économique des pays en développement, nous ferons face à l’opposition du monde entier. Investir dans les solutions d’efficacité énergétique et les énergies renouvelables est rentable pour les investisseurs et les consommateurs, à la fois des pays riches et des marchés émergents.

Lorsque les politiques déclarent vouloir réduire des émissions de CO2 de x% ou limiter à 2°C le réchauffement de la planète, ils ne font qu’exprimer un vœu pieux. Ils n’arriveront à rien sans définir clairement un cadre juridique, des procédures et des solutions technologiques concrètes pour atteindre ces objectifs.

L’imprévisibilité des législations et le risque de distorsion de la concurrence empêchent trop souvent l’industrie d’investir spontanément dans une production plus propre. Dans nos sociétés, il existe des réglementations en matière d’éducation, d’hygiène, de santé et de justice, mais aucune en ce qui concerne le gaspillage de l’énergie et des ressources naturelles. Cela doit changer!

Très peu de gens changeront leur comportement pour le bien des générations futures. Il nous faut démontrer que les transformations dont nous avons besoin peuvent d’ores et déjà produire un effet positif sur l’économie, l’industrie et la politique d’aujourd’hui.

Quoi de neuf après 5 ans? Avant tout, beaucoup de frustration. Seulement, loin d’être inutile, cette frustration a permis de faire bouger les lignes. Mais pas comme on pouvait s’y attendre.

A Paris, on avait l’impression que les États étaient en avance sur le monde économique, que c’étaient les entreprises qui résistaient. Aujourd’hui, on constate exactement l’inverse.

Les quatre conférences climatiques suivantes, malgré les efforts démesurés de leurs organisateurs, accouchèrent de nombreuses dissensions. Le consensus international volait en éclat, beaucoup de pays se trouvant dans des situations inconciliables. Comment accorder les éoliennes du Danemark avec les puits de pétrole de l’Arabie saoudite?  Et même à l’intérieur de l’Europe, le charbon polonais avec le photovoltaïque espagnol? Sans parler de la volonté de Donald Trump de punir la Californie et ses efforts écologiques. Les climato-sceptiques ont trouvé un deuxième souffle, alors que toutes les études scientifiques montrent qu’il n’y a aucune autre explication possible que l’activité humaine pour expliquer un si brutal réchauffement de l’atmosphère.

Les conséquences s’en avèrent plus catastrophiques d’année en année, augmentant de façon exponentielle, alors que nos efforts croissent de manière linéaire, creusant toujours plus le fossé entre ce que nous devrions faire et ce que nous faisons réellement.

Constatant que rien n’avance – si ce n’est les émissions de CO2 et les grèves des jeunes – des acteurs locaux et privés se sont emparés du problème. Certaines régions, comme l’Ecosse, annoncent vouloir atteindre la neutralité carbone 10 ans avant tout le monde, des entreprises forment des coalitions vertes, dans le textile, le transport maritime, l’industrie, la finance. Des Etats américains se sont opposés à Trump et ont décidé de suivre unilatéralement l’Accord de Paris. Des villes prennent les mesures qu’elles peuvent à leur échelle pour sortir de la paralysie. Oui, la frustration a réveillé le monde, cinq ans et quelques gigatonnes de CO2 plus tard.

Cette réaction bienvenue du monde capitaliste doit prendre de vitesse celle des mouvements écologistes pour éviter la radicalisation que l’on sent poindre. Il est fort probable qu’en ne prenant pas en compte le bien-être des populations et de leur milieu de vie, le système actuel risque d’être balayé par une lame de fond verte et populaire. Rappelons-nous du Tsar Nicolas II qui disait «J’ai tout fait pour la Russie» à Lénine, lequel répliquait: «Oui, mais rien pour le peuple». Il est vital de parler le même langage…

C’est pour cela que je cherche 1000 solutions! Je vous parle ici en tant que psychiatre davantage que comme explorateur, car je pense que l’on n’a pas assez utilisé le langage de ceux que l’on voulait convaincre. Le discours écologiste sur la nécessité de respecter le miracle de la vie et la fragilité de la nature est difficilement audible par des chefs d’entreprise qui ont de milliers de salaires à payer en fin de mois et par des politiciens qui doivent assurer leur réélection en réduisant le chômage. Pour moi, l’évènement fondateur de ce mode de pensée fut la réponse d’un parlementaire de droite auquel je présentais les technologies propres capables de créer de nouveaux débouchées industriels: «Voilà qui m’intéresse. J’avais très peur que vous veniez me parler de protection de l’environnement…» Cet homme m’a plus appris sur la politique écologique que tous les discours.

Heureusement, quelque chose a changé pour le meilleur: les technologies propres et les énergies renouvelables ont gagné en rentabilité de façon spectaculaire. L’électricité photovoltaïque au Portugal coûte maintenant le quart du prix de celle produite par énergie fossile ou nucléaire, et les investissements dans l’efficience de ressources peuvent être autofinancés par les économies réalisées.

C’est pour cela que j’ai lancé la Fondation Solar Impulse sur le défi de sélectionner 1’000 solutions technologiques, disponibles aujourd’hui, et capables de protéger l’environnement de façon financièrement rentable, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des constructions, de la mobilité, de l’industrie et de l’agriculture. Un groupe de 420 experts indépendants examine les dossiers qui nous sont soumis. Nous en avons déjà labélisé 875, qui sont autant de preuves que les outils existent déjà pour justifier des politiques énergétiques et écologiques beaucoup plus ambitieuses.

Car c’est là que le bât blesse. Les standards écologiques sont trop laxistes, encore basés sur les technologies d’autrefois. Ils permettent aux gros pollueurs de rétorquer que toutes leurs actions sont parfaitement légales. Avec l’utilisation de technologies efficientes rendues obligatoires, il n’y aurait plus d’excuses. Sur le plan économique, de surcroît, cela créerait un appel d’air pour le développement des start-up et autres entreprises créatrices d’emplois qui commercialisent des solutions technologiques modernes.

En point de mire, un nouveau tour du monde, le «tour du monde des solutions», pour encourager les chefs d’état et les grandes entreprises à adopter les mesures qui leur permettront d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Rendez-vous l’année prochaine, avec un point d’orgue en novembre à Glasgow pour la COP26.

Les trois choses qui comptent pour moi

Je ne suis pas avocat et je ne sais pas si le cadre juridique aurait été facile à mettre en place. Peut-être que la contre-proposition sera suffisante. Mais parmi tous les arguments respectables pour rejeter l’initiative des multinationales responsables, il y en a un qui me fait froid dans le dos : “La place économique suisse souffrirait si ses entreprises étaient obligées de respecter les droits de l’homme et les normes environnementales fondamentales à l’étranger. Il est vrai qu’il est moins coûteux à très court terme de produire en exploitant la main-d’œuvre et en rejetant des produits toxiques dans l’environnement que de les purifier. Mais cela semble être une insulte à notre pays, et je m’en offusque : la Suisse a-t-elle vraiment besoin de cela pour prospérer ? La prospérité ne viendra que du respect social et écologique !

Car les inégalités sociales ne sont pas seulement moralement inacceptables, elles sont aussi très dangereuses. Ceux qui n’ont rien à perdre feront tôt ou tard entendre leur voix. La durabilité de notre modèle économique dépend de la stabilité sociale et de la bonne gestion des ressources environnementales. La réduction de la pauvreté n’est-elle pas le meilleur moyen d’élargir le cercle des clients potentiels de notre économie ?

L’Europe travaille déjà sur un cadre juridique très proche de celui de l’initiative. Ce n’est pas par idéalisme. La Suisse, par prudence, a perdu l’occasion d’être la première à jouir d’une bonne réputation dans ce domaine.

Tout d’abord, dans un pays neutre, pourquoi ne les a-t-on pas appelés “avions de défense” ? Mais c’est autre chose. Je voudrais aborder le sujet sous un autre angle : l’angle politique. La Suisse est excellente lorsqu’elle négocie pour les autres, mais semble moins efficace lorsqu’il s’agit de négocier pour ses propres intérêts. Ses relations avec l’Europe en sont la preuve.

Aujourd’hui, nous devons renégocier une grande partie de l’accord-cadre qui nous liera à nos partenaires européens. Ils s’impatientent et disent qu’ils ne feront plus de concessions. Dans le même temps, nous devons choisir de nouveaux avions. Pourquoi voulons-nous séparer ces deux sujets ? L’expérience montre qu’en combinant plusieurs sujets, nous avons plus de chances de trouver des compromis qui satisfont toutes les parties. Deux jets américains sont en lice, contre l’Eurofighter et le Rafale de nos voisins. Négocions efficacement sur ces deux sujets simultanément. Obtenons un accord-cadre qui nous convienne, avec le courage de lier les détails de cet accord au choix d’un avion européen.

A l’époque de l’avion Gripen, il y a une dizaine d’années, la Suisse rêvait d’adhérer au G20 et de sortir de la liste des paradis fiscaux établie par la France. Nicolas Sarkozy rêvait de vendre ses Rafale, qui n’avaient encore trouvé d’acheteur nulle part. Si Eveline Widmer-Schlumpf (Département fédéral des finances) et Ueli Maurer (Département fédéral de la défense) s’étaient rendus ensemble au Palais de l’Elysée, les ambitions des deux pays auraient pu se réaliser. Cependant, Ueli et Eveline ne s’entendaient pas bien depuis qu’Eveline avait repris le siège de Christophe Blocher au Conseil fédéral. J’ai également entendu dire, de haut en bas, que “la Suisse n’a pas l’habitude de traiter plusieurs dossiers en même temps”. Le gouvernement a donc perdu sur les deux tableaux : il a gaspillé son pouvoir de négociation avec la France et a choisi le Gripen, qui a été balayé lors du référendum fédéral de 2014 parce que le Rafale était meilleur.

L’occasion perdue il y a dix ans se répète aujourd’hui. Ne répétons pas la même erreur !

La réduction du CO2 est rentable : La nouvelle proposition de loi sur le CO2, qui a fait l’objet d’une lutte acharnée au sein des chambres fédérales, vient d’être attaquée à la fois par les Verts qui la trouvent trop laxiste et par la droite qui la trouve excessive. Et si nous surmontions le clivage partisan habituel ?

Loin d’être uniquement imputables à notre croissance économique, la plupart des émissions de CO2 proviennent de nos infrastructures dépassées et inefficaces sur le plan énergétique : moteurs à combustion, bâtiments mal isolés, ampoules à incandescence, chauffage, climatisation et procédés industriels dépassés. Pire encore, c’est souvent de l’énergie sale que nous gaspillons de cette manière. Le plus grand marché du siècle serait de remplacer ces systèmes polluants par des infrastructures modernes. Cela permettrait de créer des emplois, de générer des profits et de stimuler la croissance, mais une croissance propre et qualitative est bien meilleure que le sale statu quo actuel.

Le CO2 est un marqueur d’inefficacité et de gaspillage !

Il a fallu beaucoup de temps pour comprendre que nous pouvions découpler la croissance économique et les émissions de carbone, mais nous pouvons aller beaucoup plus loin aujourd’hui.

Nous pouvons voir que les États qui décarbonisent le plus leur économie sont ceux qui augmentent le plus leur PIB. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que le CO2 n’est pas seulement un facteur de changement climatique, c’est surtout un marqueur d’inefficacité et de gaspillage, tant sur le plan financier que sur celui des ressources naturelles. Ceux qui ont les normes environnementales les plus strictes, qui mettent en place une taxe carbone ambitieuse et des obligations d’efficacité énergétique deviennent plus compétitifs dans leur industrie, même lorsqu’ils exportent.

C’est pourquoi, même s’il n’y avait pas de changement climatique, la réduction des émissions de CO2 aurait autant de sens qu’elle serait respectueuse de l’environnement !

Grâce à sa force d’innovation, la Suisse doit jouer un rôle de premier plan dans ce domaine et devenir un exemple pour le reste du monde. C’est l’esprit pionnier de la Suisse qui lui a permis de surmonter son statut de pays pauvre au XIXe siècle. En construisant des ponts, des tunnels, des assurances, des banques et des bons offices diplomatiques et humanitaires, notre pays est devenu une puissance économique mondiale. Maintenant que d’autres pays sont capables de faire de même, la Suisse doit garder une longueur d’avance en devenant un pionnier des technologies propres et des énergies renouvelables. Pour ce faire, elle doit se fixer des objectifs environnementaux beaucoup plus ambitieux qu’aujourd’hui, créer un cadre juridique qui incite à utiliser les innombrables solutions qui languissent dans les jeunes entreprises, à les attirer sur marché́, à y faire des investissements et à en récolter les fruits. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de plus de réglementations, mais de réglementations modernes. Comme une loi sur le CO2.

Une de mes raisons d’espérer

Ursula von der Leyen à Bruxelles en décembre 2020. (AP via POOL)

Le Green Deal d’Ursula von der Leyen : Avec l’effondrement de l’économie mondiale dû à la pandémie, des voix se sont élevées pour demander un retour immédiat au “monde d’avant”, ce monde fragile, injuste, polluant et inefficace qui nous a conduit à tant de problèmes. Vous attendiez-vous à ce que la Commission européenne leur ferme la porte ? Et pourtant, c’est ce qu’elle a fait.

Sa présidente, Ursula von der Leyen, fortement soutenue par ses collègues, a répondu par un plan financier d’une ampleur et d’un courage sans précédent, destiné à permettre une reprise propre. Le projet de budget soutient sans ambiguïté la croissance verte, les énergies renouvelables, l’efficacité des ressources et la création d’emplois dans les secteurs les plus respectueux de l’environnement. Même si les émissions de CO2 du Vieux Continent ne représentent que 9 % du total mondial, l’Europe peut en sortir modernisée, avec des bâtiments énergétiquement neutres, une mobilité moins polluante et des infrastructures modernisées.

On parle depuis longtemps d’un Green Deal pour faire écho au New Deal que Franklin Roosevelt a mis en place pour relancer l’économie américaine après la répression de 1929. Aujourd’hui, cependant, il ne sera plus possible de le faire par le biais de l’industrie conventionnelle, mais par le développement de technologies propres, infiniment plus prometteuses.

C’est un sujet qui me passionne et que je suis d’autant plus amené à suivre depuis que j’ai été nommé conseiller spécial de la Commission européenne pour l’avenir de l’Europe.

Dans mon laboratoire climatique

Un film suisse qui expose les critiques contre les voitures électriques. Saviez-vous que les véhicules électriques ne contiennent pas nécessairement des terres rares, que les batteries au lithium sont recyclables à 95%, que les enfants travaillant dans les mines extraient des composants pour vos téléphones portables et non pour vos voitures électriques ? Le film “A contre-sensens”, réalisé par Jérôme Piguet avec l’écologiste Marc Müller et les journalistes Jonas Schneiter et Zelda Chauvet, nous donne juste assez d’explications technologiques pour comprendre de quoi nous parlons.

Mais son importance réside surtout dans le fait qu’il réussit à expliquer d’où viennent les campagnes de désinformation et les mensonges qui circulent, non pas sur les routes, mais dans les médias et les réseaux sociaux. Après avoir corrompu l’OMS pour faire croire que les cigarettes n’étaient ni addictives ni cancérigènes, ou avoir inventé le mythe des armes de destruction massive en Irak, voici d’autres lobbies qui voudraient rendre la mobilité électrique plus difficile afin de faire durer le statu quo polluant le plus longtemps possible. Lesquels ? Voulez-vous la réponse ? Alors regardez le film. Il est instructif.

Solar Impulse poursuit sa mission écologique. Oui, après avoir pourri au fond d’un hangar dans l’indifférence générale, Solar Impulse 2 commence une nouvelle vie en Espagne. Heidi.news l’avait déjà annoncé en mars dernier. Une société indépendante franco-italo-américaine-espagnole s’en inspirera pour produire en masse des plateformes solaires capables de rester en vol pendant des mois.

L’idée est d’offrir à moindre coût et de manière écologique des services que seuls les satellites sont capables d’offrir aujourd’hui :

l’observation et les mesures météorologiques

l’aide aux agriculteurs (détection des maladies, cultures sur- ou sous-irriguées, etc.)

les télécommunications (wifi et GSM pour les régions défavorisées)

la surveillance (fondamentale pour la sécurité et la promotion de la paix).

Certains crient au scandale à l’idée que la Suisse soit dépouillée de ses technologies. Ce n’est absolument pas le cas, et l’article suivant (sur le H55) vous le prouvera. En tout cas, c’est un problème auquel notre pays aurait dû penser plus tôt. Dès 1958, mon père a été obligé de vendre son bathyscaphe à la marine américaine parce qu’il n’avait plus de fonds pour continuer à plonger. Grâce à cela, le drapeau suisse avait atteint le fond de la fosse des Mariannes.

L’histoire se répète. La vente de notre avion nous permet maintenant, André Borschberg et moi, de poursuivre nos activités, au sein du H-55 et de la Fondation Solar Impulse.

Le H-55 réussit son deuxième tour de financement. En reprenant la propriété intellectuelle de Solar Impulse pour créer une “spin-off”, André Borschberg a co-fondé H-55, une start-up basée à Sion et comptant déjà 30 employés. L’objectif est de développer des systèmes de propulsion électrique pour rendre le transport aérien commercial propre et silencieux.

Son premier produit, qui équipe le modèle biplace de la société tchèque Bristell, sera utilisé à partir de 2022 pour la formation des pilotes, à une époque où les aéroclubs cherchent à résoudre les problèmes de voisinage.

Il sera suivi par des systèmes électriques plus puissants pour les avions de transport régional à partir de la fin de la décennie. H-55 vient de lever 20 millions de francs supplémentaires pour porter son équipe d’ingénieurs à 50 personnes et assurer sa croissance.

Une raffinerie près de Bagdad en 2002. AP Photo/Jassim Mohammed

Si vous avez encore le temps…

…lire “L’or noir, la grande histoire du pétrole” ! Quelle enquête incroyable. Il a fallu des années à Matthieu Auzanneau pour rassembler dans son livre (publié aux éditions La Découverte) tant de documents, de preuves, de témoignages, qui nous font comprendre tous les événements du XXe siècle et les relations internationales sous l’angle de la phobie du manque d’énergie et du désir de s’enrichir au maximum.

Un véritable thriller, avec une série de coups d’État, de manigances politiques, de corruption, de guerres et, au final, des millions d’innocents qui paient le prix de l’avidité des dirigeants politiques et financiers. Ce livre aurait pu s’intituler : “Sans scrupules, tant qu’il rapporte des dollars et du pouvoir”.

On peut comprendre que certains s’inquiètent de l’arrivée des énergies renouvelables, qui, grâce à une production locale et décentralisée, permettront au plus grand nombre d’accéder à l’indépendance énergétique. Cependant, c’est là que de nouvelles opportunités industrielles vont apparaître, ainsi que la stabilité sociale et le développement économique dans les régions les plus défavorisées.

Les investisseurs institutionnels l’ont compris. Les actions des compagnies pétrolières commencent à ressembler aux actifs pourris de la crise des subprimes de 2008. Cela les encourage à rechercher la rentabilité ailleurs, dans les technologies propres.

Le dernier chapitre de ce remarquable ouvrage n’a pas encore été écrit.