Le climat: un enjeu réel

Les régulateurs tirent la sonnette d’alarme et demandent la prise en compte du risque climatique à long terme.

Il faut reconnaître que dans un monde financier où le profit est primordial, certains utilisent des critères ESG pour éviter l’Enfer, tandis que d’autres qui ne croient pas vraiment au Paradis y souscrivent aussi parce qu’ils sont devenus «à la mode». Au-delà du débat sur la meilleure conciliation des valeurs sociales et des stratégies d’investissement, l’investisseur averti connaîtra cependant une baisse des actifs qui ne sont pas évalués à leur juste prix.Les régulateurs exigent de plus en plus que le marché absorbe les effets changement climatique.

Mission climatique pour les régulateurs

Début mars, la Banque d’Angleterre a ajouté ses rôles traditionnels de maintien de la stabilité des prix et de promotion de la croissance, ainsi que de lutte contre la crise climatique. Un mois plus tôt, la Banque du Japon a annoncé qu’elle inclurait les considérations climatiques dans ses analyses. En décembre 2020, la Réserve fédérale américaine a rejoint le Financial System Greening Network (NGFS), un réseau qui rassemble des régulateurs du monde entier pour améliorer la gestion et le risque climatique. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, le résume en quelques mots: « Il ne s’agit pas de dévier de nos missions, il s’agit simplement d’admettre la réalité. »

Les opportunités qui découlent de la crise

Le climat est de plus en plus visible.

Cette «réalité» est que le changement climatique a provoqué un énorme changement des risques et des prix. Les preuves scientifiques sont en place et montrent que la vague de chaleur en Suède, les inondations au Bangladesh et les ouragans dans les Caraïbes sont liés à l’activité humaine. Selon certaines estimations, les catastrophes naturelles en Europe ont causé des dommages de plus de 210 milliards d’euros rien qu’en 2020. C’est aussi un désastre environnemental qui entraîne la faillite d’une entreprise. California Stream. Et il est facile d’imaginer le genre de crise qu’une banque trop exposée à l’immobilier côtier pourrait traverser, ou une compagnie d’assurance débordée par les réclamations pour dommages dus à la tempête.

Au-delà de ces risques de baisse évidents, cependant, les banques centrales craignent que l’accélération des dommages climatiques n’entraîne des changements à la fois dans les tendances de la productivité et dans les flux de capitaux. Le réchauffement affectera probablement la productivité du travail. Augmenter la résilience des investissements face aux événements météorologiques extrêmes pourrait conduire à des décisions radicalement différentes. Enfin, en raison de la volatilité des marchés, les effets de la politique monétaire pourraient devenir beaucoup plus imprévisibles.

Si ces menaces sont sérieuses, elles semblent encore loin. D’un autre côté, les opportunités offertes par la crise climatique deviennent de plus en plus visibles, d’autant plus que les gouvernements se préparent à investir des sommes substantielles pour atteindre l’objectif du «net zéro» d’ici 2050.

Un premier aperçu du programme du gouvernement Biden, qui vise à rendre le secteur de l’électricité sans émissions d’ici 2035, devrait être disponible lors d’un sommet sur le climat le mois prochain. Mais la situation sera vraiment éclaircie lorsque le Congrès saisira la coquille d’un billion de dollars pour les investissements dans les infrastructures et le climat. En Europe, le fonds de relance de l’Union européenne fournira des centaines de milliards d’euros pour des investissements respectueux de l’environnement au cours des prochaines années. En Chine, les projets d’intégration des énergies renouvelables dans le mix énergétique se préciseront avec la mise en œuvre du 14e plan quinquennal.

En route vers des scénarios de réchauffement

Même lorsque les investisseurs hésitent à penser que les changements sont trop lents et pas assez concrets pour s’intégrer dans les notations, les régulateurs les exhortent à y réfléchir et à affiner leur plume. À partir de juin, la Banque d’Angleterre exigera des banques qu’elles élaborent des scénarios qui pourraient émerger de ces nouvelles tendances.

Le travail principal des investisseurs est la valorisation

Les risques climatiques et leur donner un prix.

Andrew Bailey, le gouverneur de la Banque d’Angleterre, l’a résumé en quelques mots: les investissements qui semblaient sûrs dans le passé sont menacés par les risques climatiques. A l’inverse, des investissements jusque-là considérés comme spéculatifs pourraient s’avérer très sûrs dans le cadre de la transition vers la neutralité carbone. Andrew Bailey n’a pas encore appelé à lever des capitaux supplémentaires pour faire face au risque climatique, mais insiste pour que son impact soit pris au sérieux car: « L’incertitude et le manque de données ne sont pas des excuses ».

La climatologie n’offrant pas de réponses définitives quant aux effets que chaque degré de réchauffement pourrait avoir, il est difficile d’évaluer les dommages à long terme. Les mesures visant à améliorer le fonctionnement du marché des certificats CO2 devraient cependant avoir un effet incitatif positif. D’un autre côté, il est presque aussi important que les entreprises fournissent des informations fiables et comparables sur leurs propres risques climatiques, et un certain nombre d’efforts sont déployés dans ce sens.

Le climat a une longueur d’avance

Plusieurs signes indiquent que les forces du marché gagnent du terrain dans l’évaluation des risques climatiques. La BCE a annoncé l’automne dernier qu’elle envisageait d’accepter certaines «obligations vertes» en garantie des opérations de refinancement. Récemment, Anheuser-Busch InBev, le géant de la brasserie, a annoncé la signature d’une nouvelle ligne de crédit renouvelable de 10 milliards de dollars liée à la durabilité. En fait, si l’entreprise ne parvient pas à atteindre certains de ses objectifs de durabilité, les coûts augmentent.

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