Sylvain Fort : Poitiers, Cyril Dion… L’écologie contemporaine en mal « d’imaginaires »

Lorsque le maire de Poitiers a indiqué que l’avion ne devait plus faire partie des rêves des enfants, tout le monde a craqué. Le vert choisi a admis sa malédiction et nous sommes passés à la controverse suivante. Dans France 3 et sur Twitter le 3 avril, il revient sur ses propos et, loin de les atténuer, réaffirme son credo: «Un nouveau projet écologique, un nouvel imaginaire. Admirant les grandes aventures du XXe siècle, Saint-Exupéry et ainsi de suite. beaucoup d’autres qui nous feront toujours rêver, à nous d’inventer de nouveaux rêves pour les enfants d’aujourd’hui. » Selon elle, cet imaginaire doit être ordonné par un simple souci: lutter contre le réchauffement climatique et donc édulcorer toute politique éducative et sportive.

Le 6 avril, cette vision politique a été rendue explicite sur une chaîne de télévision par un journaliste politique-mannequin-chroniqueur prétendument à la mode qui affirmait que «nos rêves sont aussi des constructions sociales» et que «en tant que tel, c’est bien. le politique s’est engagé à les construire ou à les déconstruire. »À quoi il a ajouté que« notre imagination nous permet d’être un peuple »et gagnerait à être« plus résilient, moins agressif envers notre environnement, moins carbonaté ». En réponse à Augustin Trapenard, Cyril Dion, l’un des «garants» de la convention citoyenne sur le climat, a développé le même fil conducteur: «Il faut travailler à la construction de nouveaux imaginaires, c’est essentiel».

« La fameuse » erreur « des maires verts n’est généralement rien de plus que la proclamation directe de décisions contre-intuitives. »

Il serait naïf de penser que les élus et militants de la gauche écologique sont les seuls à tenter de construire pour gouverner l’imaginaire. Leur particularité est de faire cela sans vraiment nous dire vers quoi ils veulent les rediriger. Quel est le vrai modèle de société? Quelle est l’économie associée? Quels sont les modes de vie qu’ils anticipent? Quelles sont les croyances censées les gouverner? De plus, leur action est présentée comme une version réduite, censurée et élaguée des récits dominants, comme s’ils ne pouvaient concevoir de nouvelles représentations politiques que par un effet de contrepoint de terme à terme, qui implique souvent des interdictions et des suppressions. Les fameuses «erreurs» des maires écologistes ne sont généralement que la proclamation directe de décisions contre-intuitives, étranges de vouloir être à contre-courant et finalement trop anecdotiques pour modifier profondément les fameux «imaginaires».

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Comme si nous voulions nourrir un nouvel imaginaire, nous qualifions les modèles de «groupes anarchistes qui créent leurs propres modèles» (Cyril Dion) ou les zadistes, dont nous essayons en vain d’importer quelques principes au cœur des grandes villes (participative jardins de Paris). Ou, nous jouons avec de tristes passions. Par exemple, gérer l’angoisse de l’apocalypse, pour provoquer aux gens un saut vital qui les amène à confier leur destin, par une sorte de gratitude, aux cassandres qui les ont prévenus (malheureusement, on trouve toujours plus cynique que nous quand il le fait) retrouver la peur). À l’anxiété millénaire s’ajoute la culpabilité morale, désormais enracinée dans le simple fait d’être humain. Dion l’exprime ainsi: «Si les humains disparaissaient, tous les animaux, insectes et arbres auraient une fête infernale». Assigner à l’humanité la fin de l’humanité pour permettre à un mégaou animal et végétal est audacieux. Rien de tout cela n’est très convaincant.

« C’est une métaphysique, une physique, une morale, une politique, une technologie appelée écologie aujourd’hui, pas des rêves d’aparatchik ou de rêves orwelliens. »

De là, une certaine impatience de ces militants envers le citoyen moyen, désespérément résistant à leurs commandements. Cette impatience justifie une «action directe» visant à introduire par la force l’écologie dans la vie quotidienne des gens. Cyril Dion y voit une solution bienvenue, faisant référence aux attaques au suffrage (1912-1914: 5 morts, 24 blessés) ou aux théories d’Andreas Malm (Comment saboter un oléoduc), qui préconise un «léninisme écologique» (sic) . La violence n’est jamais plus qu’un aveu d’échec à se convaincre.

Ah! «Déconstruire les imaginaires» n’est pas si simple! Mais il y a encore plus de difficultés: les construire. C’est là que réside la rupture de l’écologie politique, divisée en récits partiels et références contradictoires. Que manque-t-il vraiment à l’écologie contemporaine pour en inculquer davantage? plus de coups de stress? des plans de comment? d’attaques de force? Non. Ce qui lui manque, c’est l’espoir. Il ne naîtra que d’une grande histoire fondatrice qui élimine toutes les dimensions du problème, réinvente notre façon d’habiter le monde et le rend désirable. C’est une métaphysique, une physique, une morale, une politique, une technologie que l’écologie appelle aujourd’hui, pas les rêves des aparatchik ou des rêves orwelliens. Sans doute tout cela est déjà présent, en morceaux, dans l’esprit des physiciens, architectes, ingénieurs, philosophes, mais on ne peut pas improviser Jésus, Gandhi, Marx ou Einstein. Cela demande beaucoup de génie. Il faut connaître le cœur des hommes. Au-delà de la manipulation budgétaire ou électorale, il faut savoir se forger de nouveaux horizons. Et si, avant de déconstruire l’imagination des autres, ces militants prenaient sur eux de construire le leur?

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